Devenir entrepreneur social : avoir un business pour changer le monde, avec Priscillia CEO The Sorority

22 septembre 2021
Doriane Baker

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L’entrepreneuriat social est le fait de créer un business qui a pour but de régler un problème à dimension humanitaire : venir en aide aux personnes, aux animaux ou encore à la préservation de la nature. Le « pourquoi » de ces entrepreneurs va bien plus loin que le simple fait de vouloir être son propre boss et être libre.

Mais, je ne dis pas qu’il faut impérativement être entrepreneur social pour valider son business, c’est juste une autre forme d’entrepreneuriat et qui, je dois le dire, m’impressionne beaucoup. Je suis admirative de ces personnes qui sont animées et passionnées par une cause.

Dans cet épisode, on découvrira le parcours de Priscilla dans l’entrepreneuriat social avec l’application The Sorority et la manière dont elle s’est prise pour créer un tel projet, et surtout, comment gagner sa vie avec.

Tu peux retrouver Priscilla ici

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Devenir entrepreneur social : avoir un business pour changer le monde

Lancer un projet dans l’entrepreneuriat social

Priscilla a un parcours que l’on pourrait qualifier de classique. Elle a fait une prépa HEC et a poursuit ses études aux États-Unis. Elle a accumulé beaucoup d’expériences en changeant de domaines d’activité et de postes, la rendant très polyvalente. Elle mettait du coeur à l’ouvrage.

Elle vit un premier burn-out, puis un second en 2019. C’est cet épuisement professionnel qui a fait qu’elle a décidé de se diriger définitivement vers l’entrepreneuriat. Elle a été prise en charge de façon totalement bienveillante par une médecin, qui l’a suivie et réconfortée.

Ce sont ces bonnes ondes qui ont créé le déclic chez elle. Si l’on était là pour se protéger les uns et les autres, le climat serait tout l’inverse de l’individualisme qui règne de plus en plus dans notre société actuelle.

Tout s’imbrique et c’est ainsi qu’elle voit le lien entre toutes les femmes, qui va bien au-delà de l’épanouissement. On est toutes liées et on vit les mêmes choses sans que l’on ne s’en rende compte. Le mot sororité lui vient en tête et c’est ainsi que son projet s’appelle The Sorority.

Priscilla se consacre donc au projet The Sorority. En ce qui concerne le lien entre toutes les femmes, elle pointe la sécurité. Si l’on était toutes connectées, on pourrait s’entraider. Et elle l’explique en disant que si elle était au courant d’une agression, sa première réaction serait de venir en aide, car elle sait ce que ça fait, elle connait cette peur.

Elle met toute son énergie dans ce projet et crée un outil pour relier toutes les femmes entre elles. Une application paraît évidente, étant donné que nous possédons à peu près tous un téléphone. Cependant, cela représentait un sacré budget pour Priscilla : elle n’avait pas de développeur.

Mais ce projet lui tenait à coeur. Même si elle n’a jamais vécu de réelles agressions, on en a toutes connues, de près ou de loin.

  • 100% des femmes se sont déjà fait agresser au moins 1 fois dans leur vie dans les transports en commun en France (étude par le gouvernement) ;
  • 1 femme sur 3 seraient survivantes de violences physiques ou sexuelles dans leur vie, que ce soit maintenant ou plus tard ;
  • 1 femme sur 3 sont ou ont été confrontées à une situation de harcèlement sexuel ou moral ;
  • 1 femme meurt tous les 2 jours en France sous les coups de son conjoint ou ex conjoint.

Ces chiffres effroyables lui ont donné davantage de motivation pour poursuivre le projet The Sorority et lui faire voir le jour.

Le développement de l’application The Sorority

Les obstacles rencontrés

Après le lancement de The Sorority, Priscilla a essuyé quelques petits soucis. Même si tu lances un projet dans l’entrepreneuriat social, tu rencontreras forcément des péripéties.

  • se faire piquer le nom : quelqu’un avait lancé une application de mise en relation de voisins et s’est permis de prendre le nom, or que ce dernier était déposé à l’INPI. Après des échanges avec son avocat, Priscilla a pu avoir gain de cause ;
  • le plagiat pur et dur : celui-ci a tout simplement repris tout le concept du projet. Mais dans ce genre de situation, on finit par s’épuiser, car on n’a pas la flamme ;
  • les refus : Apple n’avait pas validé le dossier de mise en ligne de l’application, le faisant traîner. Priscilla s’est donc battue pendant plus de 2 mois, réunissant les soutiens de sa communauté pour la mise en ligne sur la plateforme ;
  • les problèmes techniques : l’emplacement des bases de sauvegarde de la société d’hébergement OVH a été incendié, rendant complètement instable la gestion des données de l’application.

Les points positifs

Ce qui est génial dans l’entrepreneuriat, c’est de pouvoir bien s’entourer. Malgré ces problèmes rencontrés, Priscilla a pu rencontrer de belles personnes. Son intuition l’a énormément aidée et guidée.

  • elle a gagné la possibilité de mettre en avant son projet médiatiquement dans un concours (auquel elle n’a pas participé), en échangeant avec des entrepreneuses tenant un stand dans un salon ;
  • les fondatrices d’un média l’ont directement contactée, mettant en lumière The Sorority, car elles étaient emballées par l’idée ;
  • elles se sont investies pour trouver de nouvelles idées pendant le lancement de la campagne de crowdfunding.

 

La sororité existe réellement. Lorsque l’on veut du bien aux autres, ils voudront nous soutenir. On attire vraiment les entrepreneurs qui nous ressemblent.

L’avancement du projet

Priscilla voulait assurer dans un premier temps la sécurité dans la création de The Sorority. Cependant, son développement n’en est qu’à 20% d’après elle et pour le poursuivre, elle aimerait mettre d’autres choses en place :

  • la partie épanouissement, création de réseau, mise en relation, échange de contact, etc. ;
  • les déploiements internationaux, notamment en Belgique, Suisse, Canada et les pays du Maghreb ;
  • l’accès à l’application pour les professionnels de l’accompagnement (avocat, psychologue, psychiatre, juriste, etc.) qui seront identifiés et les utilisatrices pourront s’adresser directement à eux.

Pour le moment, l’application est ouverte seulement aux femmes et aux personnes de minorités de genre. Priscilla ne veut pas prendre le risque de recevoir des hommes violents ou autre qui pourraient trouver leurs « victimes » sur l’application.

Cependant, elle aimerait créer un profil pour les hommes qui sont bienveillants (policiers, papa, etc.) où ils seraient recommandés par 3 utilisatrices différentes. Leurs informations seraient vérifiées et ils n’auraient accès qu’à la partie « alerte ».

L’objectif derrière ce projet, c’est de montrer qu’il faut agir, savoir écouter et entendre les appels à l’aide, aux agressions, aussi minimes soient-elles.

Être rentable en devenant entrepreneur social

Pour financer son projet, Priscilla a lancé 2 campagnes de crowdfunding en 1 an. Cela lui a permis de faire vivre The Sorority et les dépenses liées, tout en y injectant ses fonds propres. Deux personnes de son équipe possèdent des parts également, permettant le lancement de l’application.

Il aurait été possible de monétiser la partie accompagnement de la part des professionnels, leur permettant de trouver une clientèle et patientèle, mais Priscilla tenait à ce que l’application reste gratuite.

Beaucoup de personnes lui ont demandé la raison pour laquelle elle n’a pas monté une association. Et c’est là qu’elle a voulu montrer qu’on peut très bien être entrepreneur, dans le social, mais être bienveillant ! Beaucoup associent les entreprises au capitalisme, aux personnes peu scrupuleuses et les associations aux gens qui sont bienveillants : sauf que ce n’est pas toujours le cas.

Aujourd’hui, The Sorority vit sous un modèle hybride, entre association et entreprise. Son avocat a pu lui créer cette structure et c’est l’une des premières en France. De ce fait, elle a même été contactée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour en parler.

En clair, il y a une société (SAS) qui existe déjà et ensuite ils ont créé une association qui en est l’actionnaire majoritaire à 51%. Tout ce qui est lucratif, ils le font par le biais de la SAS (accompagnement, coaching, consulting) réunissant son expertise ainsi que celle de sa graphiste et ses développeurs. Les revenus générés sont ensuite reversés à l’association.

Son avocat leur a également créé un fonds de dotation, qui leur permettra de contribuer à d’autres associations. Ils ont même commencé un premier partenariat avec DS Café : 1 euro est reversé à l’association à chaque commande. Résultat, ils ont pu récolter 14000 euros ; l’application a pu se développer plus rapidement, tout en rémunérant davantage l’équipe.

Le statut est donc une société à missions. C’est arrivé en début 2021, ce qui ancre le modèle social. Ce type de structure hybride permet de garder le côté entrepreneurial, tout en servant une cause associative.

3 Conseils pour devenir entrepreneur social

Identifier ses peurs

En déterminant ce qui nous effraie, on sait à qui l’on doit faire face et sur ce dont on doit travailler. On peut avoir peur de ne pas trouver de financement, de monter une entreprise, mais une fois qu’on arrive à passer ce stade, de parler de son projet, d’avoir des conseils et des contacts, la peur s’estompe petit à petit.

Faire les choses avec intuition

Aucun entrepreneur ne sait ce qu’il fait au début. Priscilla conseille que lorsqu’un projet n’est pas encore clair dans son esprit, c’est de n’en parler à personne. C’est dans ces moments-là où on se retrouve au pied du mur : notre entourage posera des questions qui resteront en suspens et il projettera ses peurs sur nous, par rapport à notre hésitation et nos doutes. Il faut donc faire ses recherches, ancrer son projet, faire des schémas. Ainsi, les questions que l’on se pose seront plus claires et précises pour mieux avancer.

Se lancer sans avoir peur de l’échec

La bienveillance amène la bienveillance, comme aime le dire Priscilla. On n’aborde pas les réseaux sociaux en se disant que l’on veut uniquement des abonnés. En ayant ce type d’objectif, cela ne peut pas fonctionner. Lorsque l’on se lance, on fait les choses et s’il y a des échecs, ces derniers nous aideront à rebondir. Pour reprendre l’exemple du refus d’Apple, Priscilla rencontrait encore des bugs sur l’application. Grâce à ce temps « perdu », ses développeurs ont pu résoudre les problèmes. Chaque chose arrive pour une bonne raison.

 

 

Devenir entrepreneur social permet de créer son propre business, avoir sa liberté, tout en servant une cause. C’est une autre forme d’entrepreneuriat qui est tout à fait possible de créer. En établissant une structure hybride entre association et entreprise, on arrive à créer un modèle fonctionnel : une société à missions.

Priscilla l’a fait en créant The Sorority : elle connecte les femmes entre elles, en assurant leur sécurité et leur épanouissement, créant une communauté soudée et bienveillante.

Comme tout entrepreneur, elle a rencontré des difficultés, mais aussi des choses extrêmement positives qui lui ont permis de lancer son projet.

Si tu souhaites contribuer au projet de Priscilla et de son équipe, tu peux télécharger l’application The Sorority ou alors la contacter directement sur son compte Instagram et son site internet.

Devenir entrepreneur social : avoir un business pour changer le monde

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